« 87 % du territoire est un désert médical » : les maires face au manque de médecins

Source : Le Progrès – Le 16 Janvier 2026

Plus de 80 % du territoire est sous-doté en médecins. Si les maires sont les premiers à recueillir les doléances de leurs administrés, leurs marges de manœuvre restent minces pour endiguer le phénomène.

Sandrine Tran – 16 janv. 2026 à 06:45 | mis à jour le 16 janv. 2026 à 08:27 – Temps de lecture : 3 min

Quand le dernier médecin ferme son cabinet, c’est souvent à la porte de la mairie que commence la file d’attente. Numerus clausus puis apertus – récemment supprimé –, liberté d’installation des généralistes ou encore reconnaissance des diplômes étrangers… Les édiles n’ont pas à leur charge les politiques de santé pilotées par l’État. Paris décide et les communes s’adaptent tant bien que mal.

À tel point que la situation est devenue critique et a été largement documentée. Selon le gouvernement ui-même, 87 % du territoire est un désert médical. Et à la veille des municipales, le sujet est un enjeu électoral à n’en pas douter. « Je ne sais pas si l’absence d’un médecin sur un territoire peut nuire à la réélection d’un maire, mais s’il y en a un et que l’édile a agi pour cela, ce sera nécessairement un point fort », souligne Frédéric Chéreau, maire de Douai (Nord) et coprésident de la commission santé à l’AMF.

Le succès des maisons de santé

Les marges de manœuvre des élus sont pourtant minces. Ces dernières années, les maisons de santé pluridisciplinaires (MSP) se sont multipliées en zone rurale, avec plus ou moins de succès. Regrouper plusieurs métiers de la santé en un même lieu est une bonne idée sur le papier et souvent un succès mais encore faut-il le faire dans le bon ordre. « Certains maires ont créé des murs qui restent vides, regrette Frédéric Chéreau. Le vrai sujet, ce sont les personnes à mettre dans la maison de santé. Il faut créer un projet et ensuite construire les murs, car le foncier n’est pas cher en zone rurale. »

Quand elles sont bien montées, les MSP sont une réponse pérenne aux déserts médicaux car elles « correspondent plus aux aspirations des médecins aujourd’hui. L’exercice collectif est l’avenir ». Cela leur permet aussi une flexibilité avec d’un côté, un travail à l’hôpital ou en centre de santé dans une ville où l’on vit, où il y a des commerces, un emploi pour le conjoint, une offre culturelle, et de l’autre, des antennes dans les villages aux alentours où le médecin se rend une à deux fois par semaine et où il retrouve d’autres soignants. « Cela correspond bien aux aspirations de la nouvelle génération. Ce qui fait fuir les médecins, c’est la peur de la permanence des soins », explique Frédéric Chéreau, citant ainsi des patients venant toquer au domicile d’un médecin de la commune le week-end, même s’il ne travaille pas.

«Travailler l’écosystème existant »

Pour attirer des médecins plus généralement, l’AMF plaide pour que les maires « travaillent l’écosystème existant » avec les professionnels de santé déjà installés. Cela passe principalement par les infirmières libérales ou les pharmaciens – deux professions dont le maillage n’est pas défaillant sur le territoire car il est régulé – afin qu’ils parlent du besoin de médecin autour d’eux. « On s’est rendu compte que le bouche-à-oreille fonctionne très bien : des médecins font plus confiance à un soignant qui connaît son territoire qu’à un maire qui débarque pour lui proposer de s’installer dans sa ville », explique encore le premier magistrat de Douai.

Des incitations financières avaient été proposées ces dernières années mais les retours ne sont pas probants. Surtout, les communes rurales ne peuvent pas se le permettre. « On n’a pas d’argent, expose à son tour Gilles Noël, vice-président à l’Association des maires ruraux de France (AMRF) en charge de la santé. Ce qu’on peut vendre c’est l’espace, le vivre ensemble à la campagne sans stress. »

Les options médicales dans des lycées ruraux (renforcements dans les matières scientifiques pour préparer à la première année de médecine) sont aussi un atout, car l’on sait désormais qu’un médecin venant d’un territoire rural ou y ayant travaillé en partie pendant son cursus avec un système de médecin volant, a plus de chance de retourner s’installer au même endroit ( lire par ailleurs ). Les premières années de médecines décentralisées sont également une réponse à la crise. Mais c’est un pari sur l’avenir dont les résultats ne seront connus que dans quelques années.